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[Interview] rendez-vous en terre Vidal

Il y a quelques jours, j’ai eu le plaisir de faire la rencontre de Hugh Crichton, winemaker chez Vidal depuis 14 ans, qui a gentiment accepté de m’accorder son précieux temps pour l’écriture d’un article dont il serait le bon héro. Joie et bonheur de pouvoir écrire et discuter avec ce fameux personnage devenu aujourd’hui l’un des winemakers les plus réputés de Nouvelle-Zélande. Savourez!

Moi : Avant de débuter à Vidal, tu as travaillé en France. Quel est ton plus beau souvenir à Château Soutard ?

Hugh : Les longs déjeuners durant les vendanges, en somme, la nourriture ! (Rires) A vrai dire, j’ai beaucoup de beaux souvenirs mais si je devais choisir le plus mémorable, ce serait les dégustations directement à la barrique à Cheval Blanc.

M : Quelle est la région viticole française que tu affectionnes le plus ?

H : Sans hésiter, la Bourgogne. J’y suis allé 5 ou 6 fois, la dernière fois c’était il y a 3 ans. J’apprécie tout particulièrement le lien entre village et vin; ce qu’on y trouve peut être incroyablement magnifique mais aussi parfois décevant.

M : Si tu dois choisir une appellation en Bourgogne, ce serait laquelle ? Et dans quelle mesure celle-ci a une influence sur ta manière de produire ?

H : Puligny-Montrachet ou Chassagne-Montrachet, même si je ne refuse pas un Meursault à condition qu’il ne soit pas trop big – vendange précoce de préférence.

Lorsque je vivais à Londres, je buvais énormément de vins européens, proximité oblige. J’aime ce style où se mêle harmonieusement complexité et acidité. Evidemment, ce que j’affectionne aura un impact sur ce que je produis mais ce ne sera jamais une copie, juste une bonne influence. Au final, c’est un peu comme un musicien qui est influencé par les musiciens qu’il aime, tout en produisant une musique qui lui est propre.

M : Durant mon séjour en Nouvelle-Zélande, j’ai eu le plaisir de visiter la majorité des régions viticoles du pays et j’admets que pour moi le meilleur Chardonnay se trouve ici à Hawkes Bay. J’ai appris que tu es un féru de Chardonnay et tu as d’ailleurs réussi à faire reconnaître le Chardonnay d’Hawkes Bay comme étant l’un des meilleurs au monde. Il y a t-il un lien entre ton amour pour ce cépage et ton installation ici ?

H : En effet, je ne suis pas originaire d’Hawkes Bay mais de Wellington [ ndlr. Capitale du pays, située au nord de l’île du Nord] J’y ai fait une Business School avant de partir vivre en Angleterre durant plus d’une décade. C’est donc pour le vin que j’ai décidé de revenir en Nouvelle-Zélande et de m’installer ici. Avec ce type de cépage, on vise un premium market et en cela, c’était intéressant de travailler sur celui-ci.

M : Qu’est ce qui donne le corps et la matière du Chardonnay d’Hawkes Bay que je n’ai trouvé nulle part ailleurs et me rappelle tant celui de Bourgogne ?

H : Il est vrai qu’on réussi ici à produire un Chardonnay riche et concentré, parfaitement équilibré entre acidité, fruit et matière. Majoritairement, je pense que l’on doit cela au climat. On a la chance d’avoir des journées chaudes apportant sucre et arômes au raisin balancées avec des nuits fraîches permettant de garder une belle acidité. En somme, on possède un climat très similaire à celui que l’on retrouve en Bourgogne. Les autres influences sont évidemment le sol et le facteur humain. On a ici, une approche classique du Chardonnay utilisant une technique de vinification à la française (fermentation malolactique naturelle, élévage en barrique française…etc)

M : J’ai découvert que tu avais travaillé à Chard Farm. J’ai eu le bonheur de visiter cette winery lors d’un séjour dans l’île du Sud [ndlr. Cf mon article intitulé Central Otago : un séjour au paradis] où je suis tombée sous le charme du The Tiger Pinot Noir 2014. A quelle période y as-tu travaillé ?

H : A l’origine un de mes très bon ami, Duncan Forsyth en était le winemaker. C’est en 1996 que je prends sa place. Aujourd’hui, il est winemaker à Mount Edward dans la Gibbston Valley et produit de superbes Pinots !

M : Quelle est la récompense dont tu es le plus fier ?

H : Le Decanter World Wine Award en 2015 pour mon Vidal Chardonnay Legacy 2012. J’ai entendu parlé de mon vin avec tellement d’émerveillements, reçu des comparaisons avec des grands crus bourguignons. La reconnaissance sur la scène internationale de mon vin, du Chardonnay néo-zélandais mais plus encore les avis positifs des dégustateurs sont une grande fierté pour moi.

M : Selon toi, quel est le meilleur accord avec le grand gagnant Vidal Legacy Chardonnay 2012 ? Et quand devrait-on ouvrir la bouteille ?

H : Il se marie très bien avec un poisson monk accompagné de pancetta frit le tout cuisiné au four. Quant à la date d’ouverture, cela dépend. Par exemple, le 2010 se boit déjà très bien! J’ai tendance à vendanger tôt pour garder de l’acidité et par la même un beau potentiel de maturation en cave donc on peut garder la bouteille 10 ans voire davantage.

M : Quelques questions plus spécifiques à la Nouvelle-Zélande dorénavant. Comme tu le sais, le vin est un art de vivre en France. Tout le monde ou presque, boit du vin. Avec l’évolution de cette industrie ici, penses tu que les néo-zélandais sont de plus en plus intéressés par ce produit ?

H : Il y a clairement un changement dans l’approche des gens. En 1991, lorsque je quitte la Nouvelle-Zélande pour l’Angleterre, il était difficile de trouver une culture met/vin. Les gens buvaient majoritairement de la bière. Lorsque je suis retourné en Nouvelle-Zélande, j’ai découvert un intérêt grandissant pour la nourriture, lui-même lié à un nouvel intérêt pour le vin. Techniquement la nourriture est une histoire de saveurs or le vin est également une histoire de saveurs. Tout cela a du sens au final, c’est l’évolution concomittante d’un intérêt pour la culture met/vin, elle-même présente en Europe depuis bien longtemps.

M : Je l’ai déjà mentionné dans ce blog mais j’ai été très surprise de trouver avec grande difficulté un Pinot Gris sec en Nouvelle-Zélande (je me dois donc de remercier Rudi Bauer, de Quartz Reef pour un produire un et joli ceci dit en passant). Comment expliques-tu ce goût pour le vin sucré des néo-zélandais ? Peux t-on expliquer cela par un manque d’éducation du vin ? 

H : Premièrement, je pense que c’est une histoire de cépage, le Pinot Gris étant faible en acidité, on aura tendance à percevoir beaucoup plus aisément le sucre. Et je crois que, plus que le sucre, c’est le ‘peu acide’ qui est prisé. Les jeunes aiment aussi aisément ce qui est sucré, ce qui peut expliquer cette tendance.

M : Je suis obligée de te contredire parce que je ne me refère pas spécifiquement à cette catégorie de consommateurs. Au contraire, je rencontre et remarque énormément d’adultes, parents, grands-parents qui ne jurent que par ce Pinot Gris sucré.

H : Je reconnais que le manque d’éducation peut avoir un impact. C’est un vin facile à boire donc accessible à un plus grand nombre. Son prix peu élevé peut également expliquer son succès.

M : Lorsqu’on observe le vignoble néo-zélandais, quelque chose peut être déroutant pour un Français. Cette question est en rapport à la notion de terroir. En effet, même si l’on peut aisément dire que le Pinot Noir est lié au Central Otago, le Sauvignon Blanc à Malborough, la Syrah et le Chardonnay à Hawkes Bay ou encore les Cabernets à Waiheke Island, c’est en même temps très commun de trouver dans un même lieu une multitude de cépages. Il m’est déjà arrivé de voir sur une même parcelle du Montelpuciano, du Cabernet Franc et du Merlot ce qui est difficile à concevoir pour nous autres tant la notion de sol affiliée à un type de cépage a du sens. Comment expliques-tu cette différence de manière de produire ?

H : Je pense que tout cela a un rapport avec le système d’appellation que vous avez en France. Celui-ci contrôle ce que vous avez le droit de planter ou non, la manière de le faire, etc. Nous n’avons pas ce genre de restriction ici, ce qui implique que depuis la naissance de cette industrie, les vignerons se sont amusés à expérimenter plantant un tas de différentes variétés pour voir ce que ça donnait. Ne pas avoir de régulation a permit de voir évoluer une grande mixité de variétés même si comme tu l’as noté, aujourd’hui les régions viticoles tendent à se spécifier vers un ou plusieurs cépages qui sont le mieux adaptés à leurs sols/climats.

M :  On parle depuis quelques années de la montée en qualité des vins du Nouveau Monde. Penses-tu que la Nouvelle-Zélande peut concurrencer les plus fameuses régions viticoles du Vieux Monde ?

H : Bien sûr! Et on l’a déja prouvé à plusieurs reprises. Quand mon Vidal Legacy Reserve Cabernet/Merlot 2013 au cours d’une compétition est confondu par un grand dégustateur avec un Château Haut-Brion, je pense évidemment que nous sommes dans la course.

M : Selon toi, quelles sont vos forces et vos faiblesses ?

H : On a fait beaucoup en une courte période. En trente ans, on s’est concentré sur la qualité, sur le premium et ça fonctionne. Je reconnais aussi que le fait de ne pas avoir d’influence forcée comme l’implique le système des AOP, permet l’émergence d’une ouverture d’esprit du winemaker. Sa vision est sans barrière, il apprend du monde entier mais aussi de ses confrères. On a ici des workshops mis en place pour s’entraider. Ils sont basés sur des vins défauts que l’on goûte puis donne notre avis sur ce qui ne va pas, ce qui doit être corrigé et amélioré. C’est formateur. Ce genre de choses n’existent pas vraiment en Europe où j’ai pu constater que le winemaker garde précieusement ses secrets de production.

En ce qui concerne nos faiblesses, je dirais que beaucoup de winemakers n’ont pas assez d’expériences et ne s’enrichissent pas de ce qui se fait outre-mer parce qu’ils n’ont travaillés nulle part ailleurs et ne testent pas les vins du monde.

M : Merci Hugh pour ton analyse. Pour ma dernière question, j’aimerais savoir, passion mise à part, quel est le meilleur conseil que tu puisses donner pour réussir dans cette industrie ?

H : Je pense que le plus important est de réaliser ce que tu aimes vraiment et rester concentré sur ça. Par exemple, définir quel cépage tu apprécies tout particulièrement, le déguster sans arrêt, l’étudier. Pas seulement dans ton pays d’origine mais partout à travers le monde et tenter d’en tirer le meilleur.

 

Un grand merci à Hugh Crichton pour cet enrichissant et enthousiaste interview ainsi qu’à James Rainger qui a permit cette rencontre possible.

Hugh Crichton

Lien utile : 

https://vidal.co.nz

credit photo : myself

2 réflexions au sujet de “[Interview] rendez-vous en terre Vidal”

  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte. blog très intéressant. Je reviendrai. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir

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